Le sérieux candidat à la cotation

SYMETIS. La start-up medtech (Ecublens- Lausanne) a obtenu une seconde accréditation en Europe. Bien positionné pour devenir numéro trois mondial. - Article in L'agefi Suisse, 12th September 2014

L'agefi Suisse vendredi 12 septembre 2014 PAGE 7 -Le lausannois Symetis est déjà un conversation piece de l’investissement dans les sciences de la vie depuis un moment et les spéculations devraient nettement s’amplifier. La start-up est vouée à passer une étape forte. L’annonce publique d’un second marquage CE (accréditation de conformité en Europe) place maintenant la structureen position favorite pour devenir numéro trois mondial dans sa spécialité, la valve cardiaque implantée par chirurgie mini invasive. Derrière Medtronic et Edwards Lifesciences. La cotation fait partie des hypothèses. Jacques Essinger, président exécutif de Symetis, ne commente pas, l’échéance est entre les mains des actionnaires, mais il n’écarte rien: «L’IPO n’est pas la seule éventualité.» Il évoque aussi la possibilité d’une alliance stratégique ou la reprise par un fonds privé, avec peut-être le projet de créer un opérateur de poids dans le cardio-vasculaire.

Le management reste pour l’instant concentré sur la commercialisation et l’indépendance financière. Symetis est lancé en 2002, sur un projet qui sera abandonné en 2005, une année après l’arrivée de Jacques Essinger. Entre 2006 et 2009, la R&D se réoriente vers un concept de valve aortique percutanée (implantée à travers la peau) basée sur les travaux originaux du Pr. Ludwig von Segesser, ancien chef de service de chirurgie cardiaque du CHUV. La première implantation chez l’homme a lieu en 2009. Le premier marquage CE est obtenu en 2011. La commercialisation commence en 2012, le chiffre d’affaires s’établit à 7,4 millions de francs. En 2013, le seuil du millier de patients est atteint, les ventes se montent à 15 millions. Avec la seconde accréditation, la commercialisation change d’échelle. La direction s’attend à une accélération importante et rapide, la structure de vente étant en place à travers les principaux pays européens, ainsi qu’en Argentine et Canada. La stratégie est de s’étendre à l’est, Europe et Asie avec le Japon en priorité. Les Etats-Unis sont, à terme, dans le viseur, à travers «une approche pragmatique et stratégique ». Une autorisation de la FDA américaine pour démarrer les essais cliniques est prévue pour 2016. C’est aussi une étape déterminante pour le panel d’investisseurs, qui regroupe le sommet du genre en Suisse et européen: Endeavour Vision, Truffle Capital, Novartis Venture Fund, Wellington Partners, Aravis Venture, Vinci Capital-Renaissance PME, Banexi Ventures, NBGI Ventures et BiomedInvest. Des investisseurs face aujourd’hui à la possibilité d’une sortie dans des conditions optimales, après avoir injecté près de 100 millions depuis la création de Symetis. D’un point de vue plus technique, le marché est propice à une sortie par cotation. Le management en place présente également toutes les qualités pour une opération d’envergure. Jacques Essinger a plusieurs moments forts à son actif. Il a en particulier dirigé le medtech lausannois IsoTis, de 1997 à 2004, dont il a mené l’IPO, puis la fusion avec l’américain Gensci Orthobiologics.

Les multiples ont aussi atteint leur maturité. La première acquisition dans le domaine TAVI remonte à 2004, quand Edwards reprend TVT (à l’origine de la Sapien, la première valve transcathétère) pour 130 millions de dollars. La dernière grande opération remonte à 2009, quand Medtronic reprend Corevalve pour 700 millions de dollars. Preuve de l’attractivité du marché et de ses marges, estimées entre 15 et 20%.

Le plus déterminant demeure l’attrait en soi du secteur d’activité. Connue sous son appellation anglo-saxonne TAVI (Transcatheter Aortic Valve Implantation), la technologie présente un potentiel de croissance considérable à moyen terme, au point de figurer en tête de liste des investissements medtech de Goldman Sachs. Le marché n’existait pas encore en 2002. Le chiffre d’affaires mondial est passé à 900 millions de dollars en 2013. Il devrait dépasser 2,5 milliards d’ici 2020. Pour l’instant, la technologie TAVI est essentiellement réservée aux patients à risque, surtout en raison de l’âge. D’ici 2020, plus du tiers des implantations devraient être réalisées sur ce mode mini-invasif, la croissance étant surtout gagnée sur des opérations additionnelles, non-pratiquées aujourd’hui. A plus long terme, TAVI pourrait devenir une procédure plus large spectre encore, toutes catégories de patients confondus.

En termes de débouchés, le potentiel apparait également considérable. Dans la configuration actuelle, le marché se limite principalement à l’Europe et aux Etats-Unis. En Asie, seul le Japon et Singapore sont ouverts. Une affaire de temps et de changement d’habitudes selon Jacques Essinger, qui précise que dans beaucoup de régions asiatiques, le remplacement de la valve aortique n’est encore que peu pratiqué proportionnellement à la population, en Chine par exemple.

La croissance future s’appuie encore sur une série d’autres facteurs. Les patients eux-mêmes, par le nombre et par le choix naturel du mini invasif. Les praticiens, qui se montrent très unanimes à adopter TAVI, ce qui ne va pas de soi. Le cardio-vasculaire est occupé par deux types de praticiens, les cardiologues interventionnels et les chirurgiens cardiaques. Les pratiques sont différentes, c’est aussi ce qui explique, en partie, l’existence des deux modes implantatoires. Il n’est pas exclu non plus que la technologie pénètre un jour d’autres domaines d’application, tricuspide ou mitrale (coeur), la valve pulmonaire également.

Jacques Essinger ajoute un autre facteur, lié à la dynamique provoquée par l’émergence de challengers, comme Symetis: «TAVI a transformé toute l’industrie des valves cardiaques. Avant, le marché était sans grande croissance, accaparé par la grande medtech.»

Un genre de configuration encore à l’oeuvre aujourd’hui. Les deux leaders, Medtronic et Edwards, se partagent pour l’instant entre 80 et 85% de l’ensemble du marché TAVI et devrait se situer entre 60 et 70% à moyen terme. Jacques Essinger, président exécutif de Symetis, table sur une troisième position comprise entre 15 et 20%. Cet objectif donne d’ailleurs toute son importance au second marquage CE obtenu récemment. La première accréditation portait sur une valve (Acurate TA) de type transapicale, implantée par incision dans la cage thoracique, directement dans le coeur. La seconde valve (Acurate neo/TF) est implantée par l’artère fémorale et ne nécessite qu’une incision au niveau de l’aine. Une voie largement préférée, dont le marché actuel est trois fois plus important que celui du transapical. Avec son second marquage, Symetis devient aussi le premier indépendant présent sur l’ensemble de la spécialité. Ce qui, commercialement devrait être un avantage considérable, de nature à verrouiller la fameuse troisième position convoitée par Jacques Essinger. Le siège de Symetis est basé à Ecublens Lausanne. Le groupe compte 85 collaborateurs entre la Suisse et la force de ventes principalement basée en Allemagne. La production des cathétères est assurée à Ecublens. Un second site, à Belo Horizonte Brésil est dédié à la production des valves, cousues à la main (entre 800 et 1200 points de couture par valve), où Symetis compte l’équivalent de 150 temps plein.